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Qu’est-ce que ça fait d’avoir la pneumonie?

Bangassou - multi antigen vaccination campaign.

Dr Ilaria Moneta est une pédiatre italienne qui est actuellement en mission pour MSF dans le projet de Bangassou, République centrafricaine (jusque décembre). 

« Un des patients qui m’a le plus touché était un petit garçon de 18 mois qui souffrait d’une pneumonie et de malnutrition sévère. Il était très faible au moment où il a été admis, mais cela s’est considérablement amélioré durant les 10 jours de séjour avec nous. Vous savez, ce n’est pas bon pour les enfants en bas-âge de rester aussi longtemps à l’hôpital ; il n’y a pas grand-chose à faire pour eux ici, ils deviennent tristes, un peu déprimés. Mais ce petit garçon s’est rétabli de façon remarquable et, à la fin de son séjour il allait beaucoup mieux. Il me regardait toujours avec un grand sourire quand j’arrivais, me tenait la main, voulait jouer. Mais hier, il est revenu pour son rendez-vous de suivi et il m’a inquiété. Il avait perdu du poids en une semaine- ce n’est pas bon pour un si petit enfant. Je pouvais voir qu’il n’allait pas bien : il ne m’avait pas l’air de me reconnaitre, son sourire avait disparu, il était éteint, comme s’il était devenu quelqu’un d’autre. Je voulais l’hospitaliser à nouveau afin de veiller sur lui, mais sa mère a refusé. Ils vivent en ville, donc au moins ils ne doivent pas voyager longtemps pour venir ici. Ils ne sont pas revenus aujourd’hui, alors je suppose qu’il va bien. Je l’espère. » 

 

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Tac, Tac

Les foules se rassemblent à travers écoles et églises des petits villages de la région, nichés contre les forêts luxuriantes. Les mères attendent avec leurs enfants, faisant la file sur des bancs en bois. Presque personne ne parle, attendant calmement, en silence - surprenant pour une longue file composée essentiellement d’enfants de moins de six ans. Mais, plus les enfants s’approchent des infirmières, plus leur curiosité se transforme en terreur et le calme se mue en cris déchirants.


Ouvrir la bouche pour le vaccin oral contre la polio.
Préparer une jambe pour le pentavalent.
Tac, une pour le vaccin contre la pneumonie.
Tac, une piqure. Tac, une deuxième.
Puis c’est fini, et les enfants ouvrent leurs yeux, les joues sont  humides par les larmes.


Par-dessus les cris, certaines mères rient. C’est dur de voir vos enfants pleurer, mais elles savent que c’est mieux de se battre avec un enfant qui essayer vigoureusement d’échapper à la piqure que de devoir porter un petit corps atone et fiévreux pendant des heures à pied jusqu’à la clinique.


“Si mes enfants tombent malades, je ne sais pas quoi faire hormis leur donner du paracétamol », explique Carole Mbamanza. « Ici dans le centre de santé de mon village, nous devons payer 4 à 6 dollars pour une consultation et je ne peux pas me le permettre. Donc à la place, je dois me rendre au centre de santé Yongofongo (soutenu par MSF) où c’est gratuit. Mais ce n’est pas facile de marcher 10 kilomètres, environ deux heures, en portant son enfant malade ! ». 


C’est une réalité vécue par beaucoup de parents en République Centrafricaine (RCA). Les centres de santé sont rares et éloignés, pauvres en médicaments et en personnel, et leurs services limités inabordables pour beaucoup. En RCA encore moins qu’ailleurs dans le monde, il ne vaut vraiment pas tomber malade. Même avant la dernière crise, la couverture de vaccination était déjà très bas, à environ à 40% ; ce qui signifie beaucoup d’enfants souffrant ou mourant de maladies pourtant facilement évitables. Le conflit de 2013-2014 qui a forcé presque un quart de la population du pays à fuir, a aussi perturbé un système de santé qui, déjà, fonctionnait à peine. Toutes les fonctions étatiques se sont arrêtées, y compris les programmes de vaccination, ce qui a encore aggravé la situation. 


À Bangassou, la ville principale de la province de Mbombou, les infections respiratoires sont la troisième cause de mortalité infantile, après la malaria et les morts néonatales. Mais durant la saison sèche qui arrive, quand le nombre de cas de paludisme baisse, les maladies respiratoires deviennent les maladies les plus mortelles pour les plus jeunes. Pour améliorer la protection des enfants, MSF a organisé des campagnes de vaccination de rattrapage dans la plupart de ses 17 projets à travers le pays pour les enfants de moins de six ans qui, dans la plupart des cas, n’ont pas reçu les vaccins de routine. Plus de 100.000 enfants à travers le pays ont reçu une vaccination contre neuf maladies potentiellement mortelles, y compris la pneumonie. 

Photos © Sandra Smiley/MSF

 

Á travers le monde, la pneumonie est la première tueuse des enfants de moins de cinq ans. Elle peut être un cauchemar pour les parents, un cauchemar que Blanche Foutcho, une mère en RCA, ne connait que trop bien. « Mon fils de neuf mois, Jésuré,  était malade il y a deux mois. Il a commencé à respirer de façon étrange, très rapidement. Nous étions très inquiets, nous avons marché deux heures pour atteindre Yongofongo où c’était gratuit. De là, nous avons été transféré à Bangassou, et Jésuré a été hospitalisé pendant une semaine. Maintenant il va mieux, mais il manque toujours d’air quand il pleure”, explique-t-elle. 


Quand les structures de santé dans un pays s’effondrent suite à un conflit, les organisations humanitaires peuvent procurer un certain soulagement en répondant aux besoins des soins de santé. Nous pouvons aider les parents, comme Blanche, afin d’éviter les cauchemars en procurant un accès au vaccin contre la pneumonie. Mais, vacciner des enfants qui vivent dans des pays affectés par des crises peut être difficile quand le prix des vaccins est trop élevé pour que les gouvernements et organisations humanitaires puissent les acheter. 


Donc, qui va aider afin de protéger ces millions d’enfants pris dans des conflits?


Ne laissons pas nos enfants non-protégés. Nous avons besoin de donner à tous les enfants « A Fair Shot ».  Nous avons besoin que Pfizer et GSK baissent le prix du vaccin contre la pneumonie à 5$/enfant pour tous les pays en développement et pour toutes les organisations humanitaires. 

 

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